Comment vendre ce que l’on écrit ? Les maisons d’édition

maison-edtionComment vendre ce que l’on écrit ?

Votre œuvre est terminée et vous y croyez dur comme fer. Il le faut d’ailleurs car le chemin à venir sera long, sinueux et difficile, mais pas inaccessible.

Que faire de mon œuvre pour la faire éditer ?

La manière la plus « classique » de publier un livre est bien sûr d’en adresser des photocopies à nombre de maisons d’édition.
Œuvre qui sera bien entendu accompagnée d’une courte lettre de présentation à l’éditeur dans laquelle vous démontrerez que ce que vous avez écrit mérite toute son attention.

En voici un exemple parfait pour vous y aider :

 «Cher Monsieur

Je vous soumets mon manuscrit « Le Grand roman du siècle », un roman d’amour extatique.

Calfeutré, hélas, dans quelque excavation malsaine et souterraine de ma vie depuis plusieurs années, ce roman a été le véritable défouloir de ma libido débridée.

La narration du chef d’œuvre que je consens à vous soumettre est volontairement provocatrice, puisque j’utilise trois narrateurs omniscients qui sont : Dieu, le Saint esprit et moi-même.

Mes influences littéraires se situent à la marge de tout ce qui se fait actuellement : Mon modèle étant Houellebecq dont j’apprécie tout particulièrement l’humour ravageur marécageux.

Concernant mes royalties, je pense qu’étant donné la qualité de mon œuvre et donc de son succès assuré, nous pouvons partir sur une base de 50/50. Je vous prie donc de m’adresser rapidement votre contrat accompagné d’une avance de 5  10 20 000 € afin de couvrir mes premiers frais… » *  ;-)

Bon vous l’aurez compris, ceci est un exemple humoristique de ce qu’il ne faut pas faire. Tentez plutôt d’êtres sobres et efficaces mais rien ne vous empêche de faire preuve d’un minimum d’originalité. Ce qui vous démarquera de la masse, du moins en ce qui concerne les petites maisons d’édition où ce sera quelque fois l’éditeur lui-même qui parcourra votre livre.

Car en ce qui concerne  les grandes maisons, votre livre sera assuré d’être lu mais… par n’importe qui. En effet dans une grande maison d’édition, celui qui vous lira, c’est un lecteur pompeusement appelé « comité de lecture ».

Ce lecteur est rémunéré pour lire les manuscrits. En général, il s’agit d’un auteur désireux de mettre du beurre dans ses épinards. (Au passage, il pourra d’ailleurs vous piquer plein d’idées). Le lecteur est payé soit forfaitairement, soit à la ligne.

Il est payé uniquement s’il lit le livre en entier, livre qu’il recommandera ensuite ou non au directeur de collection accompagné d’une note.

Son intérêt, c’est de trouver un livre recommandable, pour toucher son salaire. Il va donc lire très vite les manuscrits.

Comment d’ailleurs lit-on votre manuscrit ? 

Le lecteur prend le manuscrit.
Il l’ouvre au hasard, plutôt au milieu.

Son œil prend, aléatoirement, une ligne en milieu de page.
Le lecteur lit deux lignes.

S’il trouve les lignes « mal écrites » (tournures de phrase lourdingues, fautes à ne plus en pouvoir, etc.), il balance aussitôt le manuscrit.
S’il les trouve « pas trop mal écrites », il s’intéresse au propos de ces deux lignes.

Il n’est pas question pour lui de se mettre en quête  de talent, ni de virtuosité, ni d’originalité, ni de génie.

La seule question  qu’il se pose est : « Est-ce ce texte correspond aux critères de la collection de l’éditeur ?». Et c’est tout.

L’éditeur publie les livres qu’attend, et réclame, son lectorat. Il a un genre, un style, un secteur. Il veut s’y tenir.

Car l’éditeur ne prend jamais de risques. L’éditeur n’a pas de « coup de cœur ». L’éditeur vend du papier, point barre. *

Enfin c’est du moins ce qu’affirme cet article quelque peu satirique, que je ne cesse de pomper honteusement. Lisez-le car il est plein d’humour mais également plein de bon sens. A la fois édifiant et fort divertissant :*http://stoni1983.over-blog.com/article-l-aventure-de-ton-manuscrit-dans-une-maison-d-edition-ou-le-critere-de-selection-c-est-la-nature-de-la-partouze-48674345.html

Le hic c’est que chaque année, les maisons d’édition écartent des milliers de manuscrits pour ne publier que moins d’ 1% des ouvrages reçus. (Gallimard par exemple reçoit plus de 4 000 manuscrits par an)
Plusieurs critères reviennent régulièrement sur les sites internet de ces maisons.
Et comme je viens de vous l’exposer, l’ auteur doit donc absolument respecter l’orientation de l’éditeur concerné.

C’est pourquoi, avant d’envoyer des centaines de pages à l’aveuglette au Seuil, Robert Laffont et Gallimard, passez un peu de temps sur Internet ou en librairie. Car il est essentiel de vérifier que le thème abordé ou la forme correspondent à ceux de la maison contactée.

Histoire de vous sensibiliser :
- aux éditeurs existants (petits et gros),
- aux genres qu’ils publient,
- aux styles d’histoires qu’ils ont choisis.

Ce conseil vous fera économiser beaucoup d’argent et de désillusions.
N’envoyez pas bien sûr vos originaux ni de mails avec votre œuvre en fichier joint, car les formats électroniques sont souvent refusés, (au grand détriment de notre bourse et de nos amis les arbres !). Sauf bien sûr par les maisons à conte d’auteur qui en redemandent, car le contenu ne les intéresse absolument pas, seul votre argent les intéresse.

C’est d’ailleurs également le cas de nombre de maisons d’édition pour lesquelles votre talent ne les intéresse pas ! Car l’éditeur n’est pas un mécène, ni un esthète, l’éditeur est là pour gagner de l’argent et faire tourner sa boite.

C’est pourquoi si votre manuscrit parvient jusqu’au bureau du grand manitou éditeur (via le lecteur qui en fera une note, puis par le directeur de collection qui fera un second tri), il est plus que probable qu’il vous demandera de supprimer quelques passages peu vendeurs ou de le raccourcir, ou de le rallonger, bref de le modifier, toujours dans le sens du poil de ce qu’attend son lectorat afin d’en vendre un maximum et non pas pour faire de l’art.

En clair si vous ne supportez  pas que l’on touche à votre intégrité d’auteur, ceci n’est pas la bonne marche à suivre.

Dernier point et non des moindres : Vos royalties

Vous rêvez certainement d’être riche et célèbre et de pouvoir consacrer tout votre temps à faire la fête, à vous promener dans un cadre idyllique pour trouver l’inspiration. Puis à écrire devant le feu de cheminée d’un confortable chalet d’une montagne l’hiver, et face à une baie vitrée donnant sur une  mer  bleu turquoise l’été ?

Hé bien, ce n’est pas impossible. Mais pour y parvenir, il va d’abord falloir que votre livre atteigne au moins les 20 000 exemplaires vendus et que vous soyez en mesure d’en fournir un de la même veine tous les ans.

repartition-droits-editionVoici pourquoi :
En France, le contrat-type prévoit que l’auteur touche 8 % de droits jusqu’à 10 000 exemplaires vendus, 10 % entre 10 001 et 20 000, 12 % au-delà. Il existe des variantes, avec des répartitions 10/12/14%  ou des seuils fixés à 5 000 et 10 000 exemplaires. Cela représente donc, pour un livre vendu 20 euros, entre 1,60 et 2,40 euros par exemplaire pour l’auteur. Pour les beaux livres et le poche, on est plus proche de 5 %. *
*Infos issues de cet article : http://www.lexpress.fr/culture/livre/ce-que-gagnent-les-ecrivains_859800.html 

En clair, l’immense majorité des écrivains français a bien du mal à joindre les deux bouts. Car soit l’éditeur est trop petit et ne vendra pas plus de 1000 ou 2000 exemplaires. Soit il est gros (et ventripotent) auquel cas il table sur plusieurs auteurs tout au long de l’année et « mettra le paquet »  sur un seul d’entre eux pour investir dans sa pub et les médias au détriment des autres.

Dans ce cas combien un auteur peut-il espérer toucher ? vous demanderez-vous quelque peu alarmé par mes propos.

Quelles sont les ventes moyennes d’un premier roman ? Entre 500 et 800 exemplaires (selon l’ Express). Encore s’agit-il là d’une moyenne qu’on peut considérer comme « faussée » par les quelques réussites spectaculaires qui sont venues gonfler ces chiffres.

Si on en croit les chiffres avancés par l’écrivain anonyme Stoni sur son blog (celui dont je vous ai mis un lien plus haut), voici à quoi vous devez vous attendre :

50 % de chances de vendre moins de 300 exemplaires,
90 % de chances de vendre moins de 1 000 exemplaires,
1 % de chances de vendre plus de 2 000 exemplaires.
Si cela peut vous consoler, même les stars peuvent avoir des difficultés à vendre. Voici quelques flops de l’année 2011 :

Luc Chatel & Jean-Pierre Chevènement, Le Monde qu’on leur prépare, 931 ventes,
Noël Mamère, La Malédiction des justes, 362 ventes,
Christine Boutin & René Frydman, Les Nouvelles Familles, 261 ventes.

Mais puisque la question de départ était : combien gagne un auteur ? , faisons notre petit calcul sur une moyenne de 650 ventes pour votre premier roman au prix de 18 euros/pièce. Vous aurez gagné 650 x 6 % x 18 = 702 euros. À présent, déduisez vos frais personnels de cette somme (café, whisky et cocaïne, frais d’envoi des manuscrits aux éditeurs, etc.) et vous verrez qu’il ne vous reste à peu près rien.

Et puisque je suis parti dans des constatations désagréables, autant aller jusqu’au bout et poser la question quand l’auteur perçoit-il ses droits.
Hé bien, seulement 18 mois environ après le lancement du livre ! Les revenus ne sont en effet calculés qu’au bout d’une année de vente, après que les invendus ont été récupérés. Ajoutez à ce délai, ceux de la comptabilité et vous arrivez à environ 18 mois. *
(*Extraits de l’article http://www.editions-humanis.com/combien-gagne-auteur.php )

Dans ces conditions,  comment font nos amis éditeurs pour s’enrichir ?

Hé bien, contrairement aux idées reçues, la plupart des livres édités le sont à perte. Les éditeurs ne parviennent à la rentabilité que grâce aux très rares ouvrages qui se vendent à plus de 1 000 exemplaires et dont les bénéfices couvrent (éventuellement) les pertes qu’ils réalisent sur le reste de leur production. Autant dire que l’exercice est extrêmement périlleux et que les éditeurs qui gagnent vraiment leur vie représentent une infime partie de la profession.

L’édition a connu un âge d’or au 19e et au 20e siècle avec la baisse des coûts d’impression qu’à entraîné l’industrialisation de la filière. C’est au cours de cette période que tous les grands éditeurs actuels se sont créés (Gallimard, Hachette, Flammarion, Le Seuil, Fayard, Grasset et plus tardivement, Albin-Michel).

Depuis, ces sociétés ont rachetés leurs rares concurrents importants et se sont souvent regroupées (Flammarion est désormais la propriété de Gallimard, par exemple). Elles assurent leurs positions et verrouillent la filière en empêchant l’émergence de challengers par divers procédés très efficaces (le contrôle des filières de distribution et la gestion des prix littéraires, entre autres). Les petits éditeurs qui tirent leur épingle du jeu sont donc extrêmement rares et exploitent le plus souvent des « niches » ignorées ou dédaignées par les grands groupes.
(A lire également : http://www.editions-humanis.com/relations-auteur-editeur.php)

Mais tout espoir n’est peut-être pas perdu puisqu’est enfin arrivée l’ère de l’édition numérique.

L’autoédition est synonyme de liberté et constitue une perspective fort attrayante pour tous les auteurs en herbe (et même sans ;-).

Elle génère un bon nombre davantages, mais comme rien n’est parfait en ce bas monde, également un certain nombre d’inconvénients … comme vous le découvrirez dans mon prochain article :-(

Un dernier petit mot, ami auteur, avant de te suicid… heu… te décourager.

Même si tout ce qui précède n’inspire guère à l’optimisme, la règle essentielle est de ne jamais perdre confiance en toi. Car le monde est ce que l’on en fait et lorsque l’on y consacre suffisamment de temps et d’énergie, tout ce que nous souhaitons finit par arriver, même  ce qui semble impossible.

La règle d’or étant la foi en soi, le travail et … une certaine dose de lucidité.

Jacky Bourgogne
Auteur autoédité : http://www.amazon.fr/Jacky-Bourgogne/e/B00770G5P0

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6 réflexions au sujet de « Comment vendre ce que l’on écrit ? Les maisons d’édition »

  1. Très bon article ! J’ai pu apprendre quelques trucs ;)

    De ce que j’avais entendu, la première question que pose une maison d’édition lorsqu’on leur présente un livre c’est : « Avez-vous prévu une suite ? ».
    Car les séries fidélisent les lecteurs… Et en général, si le premier tome est bon, on achète la suite ;) Ce qui assure la vente de plusieurs autres livres à suivre !

    Je n’ai même pas tenté d’envoyer mon premier livre à une maison d’édition, car il s’agit d’un recueil de nouvelles. Et généralement, on achète des nouvelles que lorsque l’on connait l’auteur ! Donc difficile de se faire connaitre de cette façon ! :D

    Mais heureusement pour nous, l’autoédition est là !

    • Merci chère Morgane

      Je n’ai donc plus qu’à te souhaiter bonne chance pour le premier tome de ton nouveau bébé.

      Mais à mon humble avis, comme je l’ai exprimé, c’est plus du temps et de l’argent perdu de s’adresser à ces gens là.

      D’autant plus que s’il ne se vend pas, avec l’exclusivité du contrat signé, ton livre finirait aux oubliettes.

      Je pense que nous avons trouvé la solution. Et d’ailleurs en cas de changement de cap, le nombre de ventes réalisées sera un argument de poids.

  2. Merci Jacky pour ce nouvel article réaliste et humoristique.
    Se faire éditer par un éditeur qui a pignon sur rue est a priori moins intéressant au niveau financier, notamment pour la trésorerie à court terme comme tu le soulignes avec le décalage de paiement des droits d’auteurs mais c’est appréciable : pour la carte de visite, la reconnaissance professionnelle et l’allègement du travail incontournable de marketing d’auteur très chronophage.

    • Merci à toi chère amie pour ton commentaire.

      Oui c’est sûr la renommée, l’allégement du travail de marketing de l’auteur, des chiffres de vente qui donnent le tournis, les passages à la télé chez Ruquier , les diners de gala avec le gratin (non dauphinois) chez Fauchon ;-)

      … Bon j’arrête là la liste des avantages incontestables mais qui ne me font plus guère rêver car je ne sens que trop que ce monde est réservé à une élite intellectuelle parisienne. Dans laquelle je ne trouverais pas (et ne souhaite plus trouver) ma place.

      Je préfère donc diffuser à mon échelle mes messages et les commentaires sincères de mes lecteurs et lectrices sont ma plus belle récompense.

  3. Merci pour ce savoureux article dont l’humour n’empêche pas – au contraire – la lucidité sur le parcours du combattant de l’écrivain.
    Etant moi-même auteure, je pense que je vais me tourner vers l’auto-édition compte tenu de tout ce que tu nous révèles et que je sais. Mais je crois aussi que l’on ne s’improvise pas auto-éditeur et que c’est un métier à part entière.

    Danny KADA http://dannykadaauteure.com/