La cité portugaise, le joyau d’El Jadida

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Après El Jadida , la ville nouvelle (c’est la traduction littérale de son nom) , voici venir le temps du renouveau pour sa cité portugaise.

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore en voici une brève description .

La cité portugaise est si l’on peut dire l’ancienne médina d’El Jadida. Se promener dans cette vieille Médina est agréable, instructif et rafraîchissant. Les étroites ruelles fraîches, ses anciennes maisons défiant les siècles couvertes d’un crépi ocre jaune, les couleurs vives des articles des « bazaristes » exposant ce qu’il y a de mieux en artisanat dans tout le pays, ici une plaque à la mémoire de Driss Chraibi auteur Francophone né dans cette maison, là l’entrée en pierre voûtée menant à la citerne portugaise , curiosité venue d’un autre siècle qui inspire ponctuellement nombre de cinéastes . Bref tout participe à rappeler la saveur d’un autre temps.

La cité portugaise porte ce nom car a été bâtie par des portugais. Non pas par des ouvriers Portugais mais par leurs ancêtres en armes. Nous reparlerons d’eux plus loin lorsque je vous conterais l’ histoire de la cité. Celle ci est entourée par de hauts  remparts surmontés d’un large chemin de ronde qui forment un carré d’environ 400 m de côté. Ces derniers s’avancent dans la mer et étaient autrefois entourés d’eau grâce aux fossés creusés par les Portugais. Chaque coin des remparts a son bastion qui conserve encore quelques canons et offre une superbe vue sur la jetée.

Remparts de la cité portugaise

Remparts de la cité portugaise

Longtemps vétuste et à la sinistre réputation de coupe gorge le siècle dernier, la cité portugaise vient d’être superbement restaurée.  Il était d’ailleurs temps car certaines tours et maisons anciennes menaçaient de s’effondrer.
L’opération de restauration a été faite  au moyen de matériaux à base de chaux afin de respecter l’identité historique des bâtiments et des murailles.

Citons dans la liste impressionnante des rénovations effectuées, la réhabilitation des façades externes et internes des murailles;  la réfection de l’énorme grille en acier  de la Porte de la mer; celle  de toutes les portes en bois des tours;  le re-pavage de certaines places et d’une partie de chemins de rondes à l’intérieur de la ville historique;  la restauration des toits des églises qui menaçaient de tomber en ruine et en particulier de l’église de l’Assomption, qui fait à présent actuellement office de centre culturel .

Classée depuis 2004 patrimoine mondial de l’UNESCO la cité prend enfin un caractère historique valorisant, tout comme Essaouira qui a bien su exploiter ses espaces historiques pour en faire des attractions majeures.
Et de fait la citadelle a pris au fil du temps une dimension hautement touristique.
Avec ses nombreux petits magasins d’artisanat le long de la rue principale qui font le régal des touristes , le chemin de ronde des remparts parsemé de ses vieux canons offrant un super point de vue sur la jetée, le port de pêche, la plage d’El Jadida en fond, l’ancien cimetière juif… Sans oublier la visite de lieux d’exposition dans de grandes salles d’époque restaurées d’artistes locaux exposant peintures et sculptures.  Le soir en été (le plus souvent en période de ramadan) des concerts sur son esplanade y sont organisés.

Mais l’endroit le plus visité est sans contexte la citerne portugaise que je vais vous présenter en quelques mots  et en photos. Notamment sur les photos 13 à 16 de ce diaporama de mes plus belles photos de la cité que j’ai réuni ici rien que pour vous ;-)

La citerne portugaise

Située en plein centre de la cité portugaise d’El Jadida, la citerne portugaise est une superbe œuvre archéologique. Cette vaste salle souterraine faisait partie du château fort construit en 1514 par les portugais. Elle servit probablement de salle d’armes avant d’être utilisée comme réserve d’eau pendant le dernier siège. Sur un plan carré de 34 m²de côté, elle comporte six nefs dont les voûtes d’arêtes reposent sur 25 colonnes et piliers.

La travée centrale est percée d’un large puits circulaire par où se déverse la lumière du jour qui se diffuse par réflexion sur l’eau de la citerne.
Ce surprenant effet de miroir imprégnant le lieu d’une étrange atmosphère a séduit Orson Welles pour y tourner certaines séquences de son film Othello.

D’autre productions cinématographiques ont également été réalisées dans ce lieu. On cite entre autres « Le retour de l’étalon noir » produit par Francis Ford Coppola, « Harem » d’ Arthur Joffé, « Sahara » de Robert Rodriguez, Iznogood du réalisateur Patrick Braoudé avec Michaël Youn en temps que grand Vizir et le regretté Jacques Villeret comme Calife….

Parlons immobilier

 Si cet article vous fait rêver et vous inspire de venir investir comme habitant de la cité, soyons franc, c’est un peut tard pour vous y mettre. Car au fil du temps la cité a pris de la valeur et ses  nombreuses maisons achetées une bouchée de pain après l’indépendance se revendent à présent à prix d’or. Le fait qu’un grand nombre d’Européen s’y soient installés et continuent à le faire malgré le prix élevé et souvent excessif de maisons en mauvais état, est un signe qui ne trompe pas.

Est ce une bonne ou une mauvaise chose ?  Evidemment le fait de sur multiplier les tarifs de vente des habitations (qui ont tous pris un zéro en 15 ans)  fait en sorte que ce quartier est devenu totalement inaccessible aux Marocains peu fortunés.  Mais en revanche, côté esthétique l’installation d’ Européens fait refleurir les fenêtres et les terrasses par contagion en offrant en exemple des jardins-terrasse à la Française aux Jdidis locaux qui n’ utilisaient leurs terrasses que comme lieu d’étendage du linge doublé d’un vide grenier ou de poulaillers.

Quand aux acquéreurs Marocains plus fortunés, ils préfèrent investir dans des résidences avec piscine qui se construisent en (sur)nombre près des plages de Sidi Bouzid.
Bref la cité s’embellit et autre signe des temps, l’on trouve à présent dans cet endroit où nul ne voulait passer de nuit, pas moins de 5 hôtels et maisons d’hôtes dont 2 de haut standing .

Puisqu’on en parle , je ne puis résister à la tentation de vous glisser un petit mot sur mes propres chambres d’hôtes  ;-)

Tente caïdale sur l'une des 2 terrasses

Tente caïdale sur l’une des 2 terrasses

Cette maison d’hôtes* a pour origine une très vieille maison (quasiment en ruine)  transformée et rénovée sur plusieurs années après son acquisition en 2003. En parfait état de service depuis 2008 elle accueille par sa convivialité et des tarifs très raisonnables (30 à 35 € soit 325 à 385 Dh/nuit)  une clientèle à l’esprit routard venant de tous horizons.

Ce qui en fait son charme principal étant ses deux terrasses aménagées de tentes caïdales. Endroit privilégié pour boire un verre, se restaurer, bouquiner, bronzer en contemplant l’océan et la plage en fond. Le soir l’ambiance musicale en fait un véritable endroit de convivialité et de rencontre pour touristes de toutes nationalités . Notre souhait le plus cher étant de vous apporter du bonheur dans une ambiance typiquement Marocaine. Découvrez-là ici.

La véritable histoire de la cité portugaise

Mais connaissez vous l’histoire de la cité historique ?
Je vous la livre ici accompagné d’un autre petit diaporama que j’ai également créé pour vous, reflet nostalgique de cette époque épique qu’elle fût en début de ce siècle.

(Infos et photos issues de divers sites dont wikipedia.com, darnna.com, minculture.gov.ma)

La cité portugaise (Mazagan) s’élève probablement sur l’emplacement d’un ancien comptoir phénicien fondé au milieu du 5e siècle avant Jésus Christ et connu sous le nom de «Portus Rusibis». Au début du 16e siècle (1502- 1503) les portugais s’installent sur un petit château en ruine, appelé, « Borj Cheikh».

Mais que venaient donc faire les  Portugais dans cette galère ? Il faut savoir que premiers navigateurs et par la suite colonisateurs (Christophe Colob étant le plus célèbre d’entre eux) , ils occupaient une bonne partie du Maroc d’Agadir au détroit de Gibraltar. Ils en ont conservé notamment les Canaries au large du Maroc. Cette histoire coloniale avait débuté en Août  1415, à la prise de Ceuta par Jean Ier, jusqu’au 11 mars 1769, quand Diniz de Mello e Castro, dernier gouverneur et capitaine-général de Mazagan, rendit cette dernière place portugaise sur le sol marocain, sur ordre du Premier ministre, Marquis de Pombal.

ancienne photo mazaganMais n’anticipons pas. Entre 1502 et 1513, les portugais ont décidé de construire Castello Real (le château de Mazagan) à l’emplacement de l’actuelle citerne. Ce n’est peut être qu’en 1514 que la construction d’une muraille externe à tours saillantes devint une nécessité. Les travaux de construction de «Mazagan» ont été dirigés par les architectes Francisco et Diego de Arruda et de l’Italien Benedetto di Ravenna. La forteresse fut isolée de la terre ferme par un fossé dès 1517.

Dès 1537, la forteresse devint une vraie petite ville après l’agrandissement de la muraille et l’amélioration des travaux du port, des entrepôts, des magasins et des maisons d’habitation. Mais ce n’est que le 1er août 1541 que Louis de Loureiro, capitaine de la forteresse, fonda officiellement la ville au nom du Roi du Portugal. Une année plus tard, la ville était totalement refaite avec un aspect proche de l’actuel.

La cité portugaise a pris plus d’un nom. Elle s’appelait Portus Rusibis, Mazighane, Borj Cheikh, Mazagaô, El Mahdouma, El Medina, El Jadida, Mazagan et enfin El Jadida, nom donné à cette ville par le Sultan Alaouite Sidi Abderrahmane et attribué depuis l’indépendance.

Durant l’occupation portugaise, les Marocains n’ont cessé de mener des attaques pour déloger l’occupant ou carrément d’assiéger la forteresse de Mazagan à différentes époques (1525-1562 – 1756 et enfin 1769).

Le 4 mars 1769, Sidi Mohamed Ben Abdellah, présent sur les lieux aux côtés des militaires et des Moudjahiddines, venus de tous les coins du Maroc, y compris du Sahara marocain, ordonna le bouclage total de la ville. Comme les portugais se rendirent compte qu’ils ne pouvaient plus résister, ils quittèrent Mazagao, le 11 mars 1769 après avoir miné quelques lieux de la ville. Le dynamitage a causé la destruction partielle de la ville et la mort de plus de 500 moudjahiddines.

Pour la petite histoire, les méchants portugais constituants la plupart des habitants de la ville furent transférés aux frais de l’État en Amazonie brésilienne, où les colons reçurent argent, terres et maisons pour fonder la Nouvelle Mazagan, nommée actuellement Mazagão, en Amapá.

ancienne photo mellahMais revenons à notre ancien Mazagan entre 1769 et 1822
Après le départ des portugais en 1769 la cité portugaise/Mazagan tomba donc aux mains des Marocains . Le sultan Mohamed ben Abdellah y laisse en garnison quelques troupes qui furent pendant longtemps les seuls habitants de la ville en ruines qui prit du coup le nom de « la ruinée  » (Al Mahdouma).

Puis au cours des années vingt du XIXème siècle, le Sultan Moulay Abderrahman ordonna au Pacha de la région de reconstruire les bâtiments délabrés, d’élever une mosquée et de repeupler la cité portugaise. On y interdit de prononcer le nom de Mazagan que l’on renomme “la Nouvelle” (El Jadida).

Ainsi, dès 1820, le Sultan Sidi Abderrahmane autorisa son repeuplement par les musulmans, les chrétiens et les juifs. Mazagan ou El Jadida fût transformée de la sorte en un haut lieu de tolérance et de cohabitation en parfaite symbiose.

D’autant plus que pour activer le commerce de la ville avec l’étranger, il fut fait appel aux juifs établis à Azemmour (ville à 15 kmau nord de Mazagan ). Ces juifs déjà en apports commerciaux avec l’Europe furent invités à venir se fixer à Mazagan dont ils devinrent ainsi les premiers habitants. D’où son surnom de Mellah, le quartier juif.

Ils y prospérèrent jusqu’à l’indépendance du Maroc en 1955. Non parce qu’ils en furent chassés mais parce qu’après le départ des Français et les problèmes causés par l’avènement de l’état d’Israël avec le monde Arabe, les vieilles craintes des Juifs marocains réapparurent. En effet se trouvant seuls à affronter l’ensemble des Marocains et  habitués à être des boucs émissaires beaucoup choisirent de partir. Leurs maisons furent ainsi vendus une bouchée de pain à des musulmans d’origine modeste.

Cité portugaise d'El JadidaAujourd’hui El Jadida en plein expansion elle aussi, attire toujours les amateurs d’histoire curieux de découvrir la cité fortifiée par les Portugais et de par sa vocation balnéaire de nombreux estivants de toutes nationalités. Surtout au cœur de l’été grâce à son climat délicieusement tempéré lorsque le cœur du Maroc devient étouffant.

Je vous en souhaite bonne visite et n’hésitez pas à venir boire un petit thé ou une boisson rafraichissante pour en parler avec Hassan, Sana, Omar et moi . *

*Maison d’hôtes de la cité portugaise N° 9 Rue 8 Cité portugaise El Jadida (Ruelle sous voute à droite,  40 m après la citerne portugaise)


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Commentaire

La cité portugaise, le joyau d’El Jadida — 5 commentaires

  1. C’est une très belle ville en effet, j’y suis passé il ya quelques temps. Du chemin de ronde de la cité portugaise, on peut profiter de la vue sur la mer et sur le port où l’on peut acheter son poisson directement auprès des pêcheurs, sur la plage.

  2. je suis ne a mazagan en 1941 au mellah juif non loin de bab couyes l entree de la cite en face du cimetiere juif jusqu a 1955 annee ou nous avions quitte pour israel. Mon grand pere habitait au deuxieme etage d une maison tout a fait en face de votre maison d hotes a cote de lui y avait une synagogue. A cote de la muraille et toujours en face de vous habitait mon oncle qui se nommait Aaron qui ete tailleur de haute couture avec un magasin en dehors de la cite a cote des grants magasins de ravitaillement brudo. Bref j ai lu votre article sur mazagan je l ai aimé, ca m a beaucoup touché. A un de ces jours ou peut etre on se rencontrera.

    • Bonjour Joseph
      Votre commentaire m’a également beaucoup touché car j’aime de plus en plus le monde du passé. Je vois que vous avez conservé beaucoup de nostalgie de cet endroit alors que vous l’avez quitté à à 14 ans à peine si j’ai bien calculé.
      Cela me ferait plaisir si vous veniez un jour revisiter le mellah et passer à ma maison d’hôtes pour y évoquer vos souvenirs. Vous y serez le bienvenu. D’ailleurs le Maroc (et c’est ce qui fait sa différence) perpétue sa tradition d’accueil , de convivialité et de tolérance quelle que soit l’origine et l’ethnie de ses visiteurs. Soyez en sûr.
      Bien amicalement
      Jacky

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